La fabrique du citoyen : pour un véritable enseignement civique.

Par Alain Avello, professeur certifié de philosophie, président de Racine – les enseignants patriotes ; extrait de la revue Défis souverainistes* (septembre 2022, pp.27-30).

[…] En matière d’instruction civique, il est en effet aussi impératif qu’urgent d’en finir avec les vœux pieux ― on se souviendra peut-être des déclarations enflammées d’un Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il était, il y a presque 40 ans, à la tête du ministère de l’Education nationale ― qui, dans les faits, ne débouchent sur rien ou sur le pire. Encore Chevènement était-il animé par la volonté sans aucun doute sincère de refaire de l’Ecole de la République une véritable « fabrique du citoyen ». Cette volonté est devenue simple velléité chez quelques uns de ces successeurs, en témoigneraient leurs déclarations d’intention qu’on pourrait exhumer, quand les autres, n’aimant au fond ni la France, ni la République, ont tout bonnement perverti ce que doit être l’instruction civique. Pour ne retenir que ses deux plus récents avatars, on renverra à ce qui s’est intitulé un temps «ECJS» (éducation civique, juridique et sociale), puis, forme actuelle, « EMC » (enseignement moral et civique), à l’initiative de Vincent Peillon, lequel enclencha le processus qui allait conduire à la création de ce pseudo-enseignement civique. Ce processus allait d’ailleurs courir durant une bonne partie du quinquennat de François Hollande, à tel point que les textes réglementaires encadrant et définissant l’EMC furent publiés au Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 25 juin 2015, sous le ministère de Najat Vallaud-Belkacem ― et, d’ailleurs, l’on se demande encore ce qu’avait donc pu faire l’École républicaine aux ministres de François Hollande pour qu’ils s’emploient avec autant de zèle à la détruire…

L’EMC donc, comme avant elle, l’ECJS, n’est aucunement un enseignement à part entière (c’est ce que souligne notamment Philippe Gaudin, dans un ouvrage paru en 2014, Double défi pour l’École laïque : enseigner la morale et les faits religieux), mais renonce même, par principe, à transmettre des savoirs (on privilégie le « travail » en groupes, les « débats », etc.). En refusant par principe d’opérer une transmission véritable de connaissances, il ne permet logiquement pas aux élèves de s’approprier les principes de la République, sans la compréhension desquels il ne saurait pourtant y avoir d’accès à la véritable citoyenneté ; pis, ce sont les thématiques transitoires et accessoires qui y prévalent, en allant jusqu’à nourrir de graves confusions : « le respect de la personne, de ses origines et de ses différences », en lieu et place de l’universalité de la citoyenneté, par exemple. On l’aura compris l’EMC se faisait ainsi le parfait vecteur de la fameuse « lutte contre les discriminations » et pouvait ainsi idéalement participer à l’immixtion de l’idéologie antirépublicaine d’importation étatsunienne dite «woke», quand, et nous le disons avec force, la vraie « lutte contre les discriminations », laquelle a certes, au moins en certains cas, toute légitimité, c’est de garantir l’égalité des citoyens, c’est-à-dire de renforcer la République, et non de la nier en invoquant un prétendu « droit des minorités » définies en fonction de tel ou tel particularisme. Mais la tâche serait très certainement ardue de faire comprendre ce point élémentaire à l’actuel ministre de l’Éducation nationale… En substance, du même mouvement que l’Ecole devenait la fabrique du crétin, elle cessait bel et bien de fabriquer le citoyen ― double-face de ce qui paraît bel et bien constituer un seul et même processus.

POUR UN VERITABLE ENSEIGNEMENT CIVIQUE

En 2017, dans le but de contribuer à ce que soit mis un terme aux vœux pieux et aux errements relatifs à l’instruction civique, et pour autant qu’existe la volonté politique pour ce faire, je concevais et proposais la création d’un enseignement civique véritable, et en rédigeais même le projet de loi qui en porterait création. Ce projet de loi institue donc, en lieu et place de l’actuel EMC, un nouvel enseignement dispensé à tous les niveaux de la scolarité ― du Primaire à la Terminale ―, et intitulé « Civisme et Droit ». Je proposais plus encore qu’au niveau du lycée ce nouvel enseignement soit dispensé dans chacune des trois voies ― générale, technologique comme professionnelle ―, et sa substitution dans la voie technologique à l’enseignement de la philosophie (limité à 2 heures hebdomadaires, horaire bien trop restreint pour un enseignement véritable de cette discipline exigeante), du fait qu’il recoupe certaines parties du programme de philosophie et que cette discipline n’est pas enseignée dans la voie professionnelle, quand ce nouvel enseignement, lui, le serait donc dans chacune des trois voies.

De sorte à l’instituer à titre d’enseignement à part entière, je proposais en outre que, d’une part, les horaires alloués à ce nouvel enseignement, dispensé en classe entière, soit de deux heures hebdomadaires au collège, et de trois heures au lycée, et que, d’autre part, soit créé un corps spécifique de professeurs en charge de cet enseignement : si, au niveau du Primaire, la charge en incomberait bien sûr aux professeurs des écoles, il serait, dans le Secondaire, à la charge provisoire, et sur la base du volontariat, des professeurs d’histoire-géographie de philosophie, d’économie-gestion, de sciences économiques et sociales, etc., dans l’attente que soit constitué un corps d’enseignants spécifiquement formés, ce qui conduirait à la création d’un CAPES de droit, dont les titulaires aurait alors pour mission d’en assurer l’enseignement. Il serait par ailleurs sanctionné par une épreuve spécifique aux examens terminaux.

Concernant ses contenus, cet enseignement devrait comprendre soit simultanément, soit successivement et graduellement selon les niveaux : l’explication des symboles (le drapeau, la devise, l’hymne national) (dès le Primaire) et des principes de la République (l’égalité, les libertés publiques, la laïcité) ; la présentation et l’explication de notions de droit constitutionnel et de fonctionnement des institutions (politiques et administratives) ; la présentation et l’explication de notions de droit pénal (à partir de la 4ème) ; l’explication des risques, de leur prévention et des enjeux de la défense nationale ; l’éducation aux médias par l’initiation à une approche sémiologique des contenus médiatiques (qui parle ? à partir de quel(s) présupposé(s) ? dans quel(s) but(s) ? selon quel(s) procédés(s) ?) ; la présentation et l’explication de notions de droit de l’information et de la communication visant à former à la diffusion et à la transmission responsables de l’information numérique. L’ambition à laquelle répond ce projet, celle de refaire de notre nation politique, cette communauté de citoyens éclairés, libres, pleinement assimilés, quels que soient leurs particularismes, à la nation, et s’investissant à plein dans la « chose publique », a minima par l’exercice assidu de leur droit de vote, nous ne pouvons que la partager.

* La revue – Défis souverainistes (souverainisme.fr)

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