Témoignages

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Témoignage de Gérard Philippe, directeur d’école retraité :

Force est de constater que notre pays a vu durant les dernières décennies ce qu’on appelle le récit national – non pas se liquéfier – mais disparaître. Ceci au profit d’une remise en cause systématique de notre histoire et de nos fondamentaux français. Et en contradiction avec les discours officiels, moralisateurs, politiques et soi-disant humanistes visant à faire de l’Ecole le socle commun salvateur de notre France.

Pour se donner bonne conscience, les gouvernants s’emploient à éteindre l’incendie dans la maison avec des brumisateurs !

L’Education et la culture portent en elles tous les maux de notre société, de leur société, livrées qu’elles sont aux dogmatismes et à des enjeux qui dépassent l’entendement. Elles devraient réparer toutes leurs erreurs.

Notre système éducatif, tout est d’ailleurs contradictoire dans cette dénomination, doit impérativement se recentrer sur la vraie et unique fonction qui est la sienne : donner à chaque enfant, à chaque jeune, les mêmes acquis année après année. L’investissement personnel, les capacités, le travail et le respect des valeurs de notre pays faisant le reste et permettant d’aller bien au-delà.

Tout va très vite et chacun doit comprendre que le curseur éducatif s’est déplacé. Les attentes ont radicalement changé et l’Education Nationale s’évertue à courir derrière des avancées qu’elle est incapable de comprendre et d’assimiler. S’il y a un seul mot qu’il faut retenir des réformes destructrices de ces quarante dernières années, c’est le mot  » fondamentaux « .

Ecole, collège et lycée doivent y revenir. On a confondu la diversité des acquis et l’accès à tout pour échouer et arriver à l’acquisition d’un minimum insuffisant et peu fiable comme le prouvent les études et statistiques.

Les enseignants souffrent au quotidien d’un manque de lisibilité des acquis et savoirs pour chaque classe d’âge. Il n’est pas nécessaire d’organiser des formations fumeuses, ennuyeuses et décriées par le monde enseignant pour les convaincre qu’ils sont dans l’erreur. Ces mêmes erreurs, ils essaient de les corriger à chaque heure qui passe, mais à quel prix et avec quels supports pédagogiques ? Comment harmoniser quand les champions de telle ou telle chapelle les harcèlent de nouveautés et voire pire avec des consignes à respecter. Leurs supérieurs hiérarchiques passent d’une chapelle à une autre sans aucune gêne et avec une audace hallucinante.

Nous devons clairement proposer la levée des blocages institutionnels, écarter les corporatismes, les lobbies, la main mise syndicale porteuse d’archaïsme mais aussi et surtout se positionner comme un mouvement se fixant comme objectif primordial de rendre l’Ecole à la Nation. Cette « grande garderie géante » (Natasha Polony) laissera la place à l’épanouissement d’un peuple si beau et si grand qu’est le peuple français.

C’est pour toutes ces raisons que je m’engage aujourd’hui dans le Forum Ecole & nation.

Témoignage de Nicole Mina, institutrice retraitée (Hérault) :

PRÉCONISATIONS DE BLANQUER : BONS SENTIMENTS ET POUDRE AUX YEUX

Les dernières évaluations des écoliers français ont validé ce que bon nombre de parents et grands-parents ont constaté au fil des années, à savoir la baisse alarmante du niveau d’enseignement en France, en particulier en ce qui concerne la lecture. En effet un pourcentage important d’écoliers, collégiens et même lycéens n’a pas acquis l’aptitude de compréhension d’un texte écrit, adapté à son âge il va sans dire.
Les préconisations de Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education Nationale par la grâce de Sire Macron sont donc apparues comme le sauvetage annoncé de nos jeunes générations, en particulier par le retour de la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture et le rétablissement du redoublement qui peut au moins en primaire être perçu comme une seconde chance.
Qu’en est-il en réalité ?
Tout d’abord j’ai moi-même, ancienne « instit’ », pensé que le parcours de Jean-Michel Blanquer plaidait en faveur de sa sincérité et qu’il allait installer l’artillerie lourde du redressement de l’enseignement français.
En effet, il a été entre autres attaché d’enseignement et de recherche à l’université Panthéon-Assas, recteur de l’académie de la Guyane puis de l’académie de Créteil. Enfin, il a été directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) de Luc Chatel au ministère de l’Éducation nationale. Tout ceci pourrait laisser à penser que Blanquer ayant connu « le terrain », en a tiré les bonnes conclusions.
Las ! En bon intellectuel formaté par l’art du pédalage inutile, une des premières décisions prises a été de se tourner vers des chercheurs en neurosciences… pour cerner les processus d’assimilation des notions afin que les apprenants maîtrisent leur démarche d’intégration desdites notions !
Je traduis en terme clair : il ambitionne de former un comité Théodule pour que les élèves sachent comment leur cerveau fonctionne pendant qu’ils apprennent.
Premier constat : les doctes spécialistes dûment rémunérés vont observer, échanger, déduire, plancher, conclure… pendant combien de temps ? Un temps pendant lequel rien n’aura changé sous les néons des salles de cours bien entendu.
Second constat : nul n’est censé connaître les rouages de ses circuits cérébraux pour apprendre, pas plus qu’un CAP de mécanicien n’est indispensable pour passer son permis de conduire.
Et puis il y a la première réalité du terrain : les parents et grands-parents qui bénissent ces annonces ne se rendent pas toujours compte de l’évolution de l’ambiance des salles de classe et du comportement des élèves car leurs souvenirs faussent leur jugement. Je ne parle pas des cas extrêmes où les non-francophones sont la majorité, non, j’évoque une classe sans problème socio-culturel majeur. C’est-à-dire composée d’enfants à l’éducation « normale » mais habitués au zapping télévisuel et informatique et dont le temps de concentration est devenu plus court. Sans parler des oublis de livres pour cause de garde alternée et des gamins « la clef au cou » qui passent chercher le plus jeune à la maternelle et attendent le retour parental pendant deux heures ou plus.
L’autre réalité du terrain et non la moindre, est la formation des jeunes professeurs, eux-mêmes victimes de l’enseignement décrié en ce moment. Comme j’ai pu le constater dans mes dernières années d’activité, ces jeunes enseignants sont souvent bardés de diplômes, pleins de bonne volonté, mais ignorent souvent les règles d’orthographe grammaticale que nos anciens maîtrisaient au Certificat d’Etudes. Quant à la connaissance de la maturation des enfants (par exemple l’âge de l’abstraction), c’est le plus souvent pour eux de l’hébreu. On ne peut pas leur en tenir rigueur car leurs formateurs ne leur ont pas dispensé les bons outils pédagogiques et ils se retrouvent démunis devant une classe où les problèmes à résoudre les déroutent. Ceci explique les démissions fréquentes et la désaffection envers la belle carrière d’enseignants. Et ceux qui « s’en sortent » et persistent ont souvent été sauvés par un vieux (ou vieille, pardon, je ne maîtrise pas l’écriture inclusive) collègue qui leur transmet vite fait quelques rudiments de pédagogie appliquée.
Tout ceci pour conclure qu’une fois de plus l’effet d’annonce est en fait une poudre aux yeux, que les Français ne peuvent pas faire confiance à nos dirigeants en ce qui concerne la maîtrise pratique de la situation catastrophique de l’enseignement en France. Sans compter que cet effet d’annonces concerne des préconisations et n’augure en rien d’un changement dans les programmes. Pensez, une grève est si vite arrivée !
Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a pas de solution ? Bien sûr que non ! Les solutions existent bel et bien !
Les candidats au professorat ne sont pas plus sots que leurs aînés, il suffirait de les munir d’un viatique pédagogique sérieux et qui les préparent vraiment à la transmission des savoirs.
Pas question de revenir des décennies en arrière, mais un constat s’impose à moi : jusqu’aux années 60, les instituteurs s’appuyaient sur des « livres du maître » qui étaient de vraies bibles de leçons, allant jusqu’à proposer deux ou trois méthodes d’apprentissage pour une même notion (la soustraction par exemple).
Et la boucle est bouclée. Les auteurs de ces ouvrages n’avaient pas eu besoin des éminents spécialistes es-neurosciences pour savoir que tout le monde n’a pas le même schéma de compréhension, et leur bon sens pratique les avait fait conclure à une formulation simple : tant que le « maître » n’a pas expliqué la même chose de deux ou trois manières différentes, il n’a pas accompli sa tâche.
Alors, si la sagesse consistait à aménager les recettes qui ont bien fonctionné et à les adapter à nos jeunes enseignants et écoliers ?
Ce serait sans doute une bonne solution pour que les élèves d’aujourd’hui soient la force de la France de demain.