Vers des quotas ethniques dans l’enseignement supérieur français ?

Communiqué de Gilles Lebreton, professeur d’Université, député français au Parlement européen

Un comité présidé par Martin Hirsch, ex Haut-commissaire aux Solidarités actives, a rendu le 10 décembre son rapport sur la « Diversité sociale et territoriale dans l’enseignement supérieur ». Son objet officiel est de proposer des solutions pour permettre à l’enseignement supérieur de mieux jouer son rôle d’ascenseur social. Sous cet angle, c’est un document intéressant qui mérite d’être pris en considération.

Malgré son intitulé, ce rapport a hélas un autre objet beaucoup plus discutable qui consiste à « prendre en compte (…) la diversité ethnique » de la population qui vit en France, au-delà de sa diversité sociale. Dans son paragraphe 1, il affirme ainsi que « la très faible représentation des minorités visibles dans certains établissements considérés comme des établissements d’excellence reste un fait majeur ». Il propose donc deux solutions, aussi contestables l’une que l’autre, pour augmenter la diversité ethnique dans l’enseignement supérieur (et notamment dans ses filières les plus prestigieuses) : la « bonification de points » et la « diversification des voies d’entrée ».

La bonification de points permet d’inverser les résultats à un concours d’entrée, de façon à ce que le candidat qui en profite puisse « être admissible avec moins de bonnes notes aux mêmes épreuves qu’un candidat refusé » (§4). Le problème est qu’un tel système paraît contraire au principe constitutionnel d’égalité. Dans l’espoir de contourner cet écueil, le rapport propose un système de « bonification collective » qui profiterait non pas aux seuls élèves issus de la diversité ethnique, mais à tous les élèves des classes préparatoires comprenant « un niveau de diversité élevé » (§20). Ce système inciterait donc les classes préparatoires à constituer des quotas ethniques en leur sein pour augmenter les chances de leurs élèves de réussir les concours d’accès aux grandes écoles…

La seconde solution est encore plus radicale : elle consiste à diversifier les voies d’accès à ces grandes écoles, et aux filières sélectives des universités, en en réservant une aux candidats issus de la diversité ethnique. Contrairement à la première, elle nécessite donc de « modifier l’organisation des concours, pas seulement la notation au concours » (§4). La logique des quotas ethniques s’imposerait ici dans toute sa brutalité et sonnerait le glas du principe d’égalité. Le rapport en a conscience mais se borne à affirmer qu’il ne faudrait pas assimiler ces accès différenciés « à une discrimination positive qui n’aurait pas de légitimité », mais plutôt les assumer comme « une prise en compte plus complète des critères de sélection » (point 5 de la conclusion).

Personnellement, je suis fermement opposé à la philosophie racialiste qui inspire ces propositions. En France, l’égalité entre les citoyens ne tolère pas d’autre distinction, comme le dit excellemment l’article 6 de la Déclaration de 1789, « que celle de leurs vertus et de leurs talents ». On ne saurait donc accepter l’institution de quotas ethniques qui consacreraient l’émergence d’un tout autre modèle de civilisation.

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