Tribune : L’intégration des jeux vidéo au Pass culture n’est pas une bonne chose

Tribune de Gauthier Bouchet, référent régional du Forum Ecole & Nation dans les Pays de la Loire et le Centre-Val-de-Loire

Les modalités d’organisation du Pass culture, annoncé par le Gouvernement en 2017, se précisent depuis quelques semaines. À une phase expérimentale de ce dispositif donnant accès à cinq cents euros de bons d’achats culturels accessibles dès dix-huit ans, testée dans cinq départements, doit bientôt succéder un déploiement national. Dès juillet, le Pass culture doit ainsi être accessible à tous les Français.

En opposants constructifs, il convient naturellement de se satisfaire de cette initiative, qui contribuera à la bonne éducation culturelle des jeunes Français, au sortir du lycée. L’accès facilité à des livres, expositions et films, notamment, ne peut être qu’un avantage en termes de culture générale et de sensibilisation aux arts. L’on achoppera en revanche sur la dernière lubie du Gouvernement, confirmée par Franck Riester, ministre de la Culture : inclure une offre de jeux vidéo dans le Pass.

Selon le Forum École & Nation, intégrer des jeux vidéo au Pass culture n’est pas une bonne chose. Fausse bonne idée, elle contribue à faire croire que ces jeux sont des objets culturels au même titre qu’une pièce de théâtre ou un spectacle d’opéra. Pour peu populaire que cela soit et contraire à tout discours démagogue, nous devons affirmer, inversement, qu’il existe une hiérarchie, et que les œuvres vidéoludiques s’inscrivent majoritairement au sein d’une industrie lucrative — on ne lui reproche d’ailleurs pas — peu sensible à ce qui fonde la civilisation française. Ils participent par ailleurs pour une grande part aux phénomènes d’atomisation sociale dont souffre une part croissante de Français, à plus forte raison les jeunes, par nature plus sensibles à la surexposition aux écrans. Ce qui se passe au Japon, « mère-patrie » du jeu vidéo, doit à ce titre alerter les pouvoirs publics, sur un possible futur en devenir, qu’ils doivent contraindre et non pas précipiter en favorisant encore plus un accès au jeu vidéo déjà massifié par l’industrie.

Quant au garde-fou proposé par le Gouvernement, à savoir que les jeux proposés par le Pass doivent être immatériels et européens, présenter un caractère artistique, créatif et pédagogique, il ne trompera pas. Des firmes européennes auraient en effet tôt fait de s’immiscer dans cette niche, et proposer des titres qui, tout en répondant à ce cahier des charges, ramèneraient inévitablement les jeunes vers leurs licences-phares.

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